Enroute Kona, première étape – Les championnats du monde de triathlon d’hiver

À première vue, une compétition hivernale au froid et dans la neige en Andorre au mois de mars pourrait sembler assez loin des championnats du monde Ironman à Kailua-Kona, Hawaii, en octobre. Normalement, je serais du même avis. Mais de nos jours, il n'y a plus grand-chose de « normal ». En 2021, les championnats du monde de triathlon d'hiver semblent plutôt être une première étape logique sur ma route vers Kona. Voici pourquoi !

Pour moi, comme pour tout le monde, 2020 a été une année difficile. Malgré la pandémie qui a mené à l’annulation de presque toutes les courses prévues au calendrier, je suis quand même heureux d’en être sorti avec un nouveau record personnel au marathon (2h 32m) ainsi que le record norvégien du 200 km au contre-la-montre. Tout ça malgré une fracture de stress du tibia qui m'a empêché de courir pendant six mois. Pour couronner le tout, on m'a diagnostiqué de l'ostéoporose (faible densité osseuse) en octobre dernier. Les médecins ont conclu que je devais revoir ma façon d’équilibrer entraînement, nutrition, apport énergétique et récupération. Bien que j'aie connu des hauts et des bas en 2020, j'ai maintenant la possibilité de repartir à zéro avec un plan adapté à la pandémie et mon ostéoporose.

La faible densité osseuse me rend plus vulnérable aux fractures de stress causées par une surcharge, et aux fractures aiguës dues à un impact direct. Cela signifie que je dois réduire le volume des exercices « en charge » dans mon programme d'entraînement, comme la course à pied. Mon physio m'a recommandé de conserver la session de haute intensité pour la course, tout en essayant de remplacer l'entraînement basé sur le volume par d'autres activités. J'ai aussitôt pensé : et le ski de fond ?

Comme la pandémie nous empêche toujours de voyager, je passerai la majeure partie de ma période d'entrainement hivernal dans les magnifiques montagnes froides et enneigées de Norvège. Je devais donc trouver une activité qui me permettait de passer du temps à l'extérieur dans ce paradis hivernal, d'autant plus que les gymnases, les centres d'entraînement et les piscines sont fermés en Norvège à cause des restrictions liées à la Covid. La natation étant déjà ma discipline la plus faible, il était hors de question pour moi de voir mes performances en piscine se détériorer. J'avais besoin d'entraîner le haut de mon corps et les muscles liés à la natation, même sans avoir accès à une piscine.

Mon entraîneur Frank Jakobsen et moi avons décidé que le ski de fond semblait être la bonne réponse à tous nos problèmes. Le fait que j'AIME vraiment le ski, et que j'ai fait de la compétition jusqu'à l'âge de 20 ans, m'aide aussi ! Afin d'établir une base solide avant le début de la saison, nous avons donc ajouté le ski à mon programme, en plus des entraînements hebdomadaires à vélo sur le trainer, des courses courtes et difficiles, et de la musculation.

La seule chose qui manquait à notre plan était un objectif, quelque chose sur lequel me concentrer pendant toutes ces heures passées sur les pistes de ski de fond en Norvège. En fait, je cherchais un triathlon d'hiver - et heureusement, ça existe. La combinaison course-vélo-ski m’intrigue depuis un certain temps déjà, mais je n’ai jamais trouvé le temps ou l'occasion de l'essayer. Je ne voyais pas une meilleure façon de me fixer un objectif difficile, motivant et quand même amusant pour le début de 2021. Nous avons tout de suite décidé que le Championnat du monde de triathlon d'hiver, le 20 mars 2021 en Andorre, serait ma première étape sur la route vers Kona.

Les distances en triathlon d'hiver sont généralement de 7 km pour la course à pied, 13 km pour le vélo et 10 km en ski de fond. Toutes les disciplines se tiennent sur des pistes de ski damées, ce qui signifie que l'adhérence est essentielle. Le vélo doit avoir un guidon plat, et il doit accommoder des pneus d'au moins 50 mm, pour pouvoir rouler sur la neige. Mon équipe n'a pas tardé à trouver une solution :

« Pourquoi ne pas prendre un Dark Matter, l’équiper d’un guidon plat, d’une fourche Lauf Cycling, légère et idéale pour l’occasion, des gros pneus et un groupe gravel Shimano ? Ce sera sans aucun doute l'un des vélos les plus légers, les plus rapides et les plus polyvalents à s’aligner en T1 ! »

Un grand merci à Argon 18, Lauf Cycling et Shimano pour leur a contribution au montage de cette machine. Voyons maintenant si ce Dark Matter, version triathlon d'hiver peut m'emmener au premier rang de la course en Andorre ! Personnellement, je suis convaincu que ce ne sera pas le vélo qui me ralentira.

Photos par Sylvain Cavatz