Craig Crowie Alexander sur ce que ça prend pour gagner

Trois fois champion du monde Ironman et deux fois champion du monde Ironman 70.3, Craig Alexander connait bien l’événement mythique qu’est Kona. En 2011, sa domination du sport était telle qu’il a remporté les deux titres, celui de champion du monde demi-Ironman et celui de champion du monde Ironman au cours de la même année. Entraîneur très en demande, Craig participe toujours à des événements 70,3 et, bien sûr, se rend chaque année aux Championnats du monde Ironman à Kona. Nous avons discuté avec lui des pronostics pour Kona, de l'importance d'une préparation minutieuse et des changements les plus importants survenus dans le sport au fil des ans.

Argon 18 : Les médias vous demandent probablement chaque année vos prédictions pour les Championnats du monde Ironman - comment procédez-vous ?

Crowie : C'est toujours difficile de répondre à cette question. Les athlètes de longue distance ne compétitionnent pas aussi souvent que ceux de courte distance, donc on ne peut pas prédire les résultats aussi facilement – on les voit beaucoup moins en course. Et il y a toujours des surprises. Certains athlètes s'entraînent vraiment pour Kona, se préparent parfaitement et viennent bouleverser les pronostics le jour de la course, et il y en a d'autres qui peuvent être aux prises avec une blessure dont on ignore l’existence. C'est une course très difficile à prévoir.

C'est aussi une course qui dépend vraiment des conditions météo. Chaleur, vent, humidité - d'autres compétitions sont également sujettes à ces éléments, mais c’est rare qu’une course les regroupe tous à la fois comme à Kona. Les conditions météo des dernières années ont été très bonnes, mais on ne sait jamais. C'est aussi quelque chose qu'il est difficile de prédire.

Argon 18 : Se qualifier pour Kona exige tellement d'entraînement et de préparation, sans parler de gagner. Quelles sont les choses les plus importantes dont les athlètes doivent tenir compte ?

Crowie : La prise de conscience de l’aspect physiologique de l'entraînement s'est vraiment accentuée au fil des ans. Quand j'ai commencé à compétitionner à Kona, j'y arrivais deux ou trois semaines à l’avance pour m'acclimater. On me disait que c'était fou, que c'était trop longtemps à l'avance. Personne ne le faisait ; Kona était une ville fantôme à l'époque dans les semaines précédant la course. Cela a complètement changé – maintenant, deux ou trois semaines à l'avance, c'est déjà bondé. Bien sûr, il faut faire attention de ne pas se surentraîner dans cette chaleur, mais les athlètes sont beaucoup plus conscients de la préparation physiologique, de l'acclimatation nécessaire. Cette préparation influence vraiment le résultat de la course.

Mais, ce que je vois moins dans la préparation des athlètes, c’est l’aspect psychologique qui devrait aller de pair avec la préparation physiologique. Il est important de se préparer mentalement aux changements qui peuvent influencer la performance, surtout lorsque les conditions météorologiques sont difficiles. Par exemple, certains athlètes auront de la difficulté à accepter d’être moins rapides dans la chaleur accablante, que lors de la course où ils se sont qualifiés. Ils constateront les écarts aux temps intermédiaires et ne sauront pas comment réagir.

Vous avez besoin de cette préparation mentale pour savoir comment réagir lorsque votre rythme cardiaque est différent, que vos besoins nutritionnels sont différents et que le niveau de performance est aussi élevé, car vous êtes en compétition avec les meilleurs athlètes du monde. Vous avez besoin de cette préparation mentale pour être capable de vous adapter, de rester concentré et de ne pas vous laisser abattre.

Argon 18 : Vous avez remporté votre premier championnat Ironman en 2008 - selon vous, qu’est-ce qui a le plus changé au fil des ans ?

Crowie : C'est vraiment le jour et la nuit. Au cours des dix dernières années, la science de l’entrainement, la nutrition et la technologie se sont considérablement améliorées. Au niveau de la science de l’entrainement, des choses comme les technologies portables ont grandement influencé les paramètres de préparation des athlètes. Nous avons accès à beaucoup plus de données sur la performance et il y a maintenant beaucoup d'athlètes et d'entraîneurs qui savent comment interpréter ces données et les utiliser pour aller plus vite. Parce que c'est toujours l'objectif - devenir plus rapide, plus efficace.

Les stratégies nutritionnelles ont beaucoup changé. Auparavant, il y avait beaucoup d'essais et d'erreurs en matière de nutrition. Nous avions l'habitude de faire des stratégies d'hydratation à la volée - vous vous pesiez avant et après l'entraînement et vous déterminiez la quantité d'hydratation dont vous aviez besoin. Maintenant, n'importe qui peut passer un test de sueur et se faire préparer un plan de nutrition et d'hydratation personnalisé. L'innovation en matière de nutrition explose : comment mieux alimenter l'organisme, comment mieux absorber les nutriments et le rôle de la nutrition dans la récupération. C'est un grand pas en avant.

Et bien sûr, la technologie autour des vélos s'est énormément améliorée. La technologie et les connaissances en matière de carbone et d'aérodynamisme ont considérablement progressé. Vous avez maintenant des vélos spécifiquement conçus pour le sport, avec des solutions intégrées pour la nutrition et l'hydratation. Vous pouvez maintenant transporter ce dont vous avez besoin sur 112 miles, ce qui fait une énorme différence. L’aspect pratique s’est donc amélioré – ce ne sont plus seulement les chiffres que vous voyez dans les essais en soufflerie, mais aussi l'application pratique des progrès technologiques qui affectent le confort et la nutrition. Je pense que le triathlon a toujours été le contexte idéal pour tester les technologies cyclistes les plus avant-gardistes, et c’est encore le cas aujourd’hui.

Argon 18 : Quels sont vos trois meilleurs conseils pour les nouveaux venus à Kona ?

Crowie : Numéro un, la préparation. Comprendre les éléments, comprendre comment ils peuvent vous affecter. Travaillez votre endurance et votre force bien sûr, mais travaillez la visualisation, l’aspect mental de votre course. Réfléchissez à ce que vous allez ressentir et à l'aspect physique du parcours. Visualisez-vous sur le circuit, pensez à comment votre corps réagira, comment vous vous adapterez et resterez sur la bonne voie quoi qu'il arrive.

Deuxièmement, prenez conscience de vous-même. C'est l'un des meilleurs conseils qui m’aient été donnés. Écoutez votre corps pendant l'acclimatation et l'adaptation physiologique. Comprenez les effets de la chaleur sur votre fréquence cardiaque et ne laissez pas les chiffres vous déconcentrer le jour de la course. Vos données seront toutes différentes, votre alimentation sera différente dans la chaleur, et c'est correct. Identifiez également les choses qui vous aident à vous préparer mentalement – par exemple, vérifier le point de départ de la natation sera très stimulant pour certaines personnes, mais sera une source d’angoisse terrible pour d’autres. Être conscient de soi vous permet de savoir comment prendre soin de vous dans les jours qui précèdent la course.

Enfin, profitez de l'expérience. C'est une semaine de plaisir, mais n'oubliez pas que vous êtes là pour compétitionner. Si vous passez cinq heures par jour à vous promener, vous vous amuserez bien, mais vous ne serez peut-être pas au meilleur de votre forme le jour de la course ! Trouvez le bon équilibre, celui qui vous convient le mieux.

Photos par: Paul K Robbins